Saison 01. Épisode 08.

Je plonge entre ses deux ballons tout collants. Elle me presse contre elle puis me caresse doucement les cheveux. Je reste blotti dans sa chaleur et son odeur âcre. Et puis, d’un coup, sans que je comprenne pourquoi, les yeux me piquent.

Non, non, pas pleurer ! Pas pleurer devant tout le monde !

J’essaie de redresser la tête mais l’autre, avec son bras lourd, m’en empêche. Elle me chuchote à l’oreille.

– Calme ! Calme Angus, calme mon petit.

Je ne peux pas retenir le ruisseau brûlant qui inonde mes joues. Je ferme mes paupières et je me sens partir. Je suis avant… avant… avant la léproserie… avant …  je suis tout petit, quatre ou cinq ans à peine. Je suis dans une forêt, les yeux cachés par mes mains devant un gros tronc d’arbre. Je compte : « … 6… 7… 8… 9… 10 ». Je me retourne et pars explorer les environs. J’entends bouger derrière un buisson. Je le contourne en courant. Elle est là, souriante, avec ses grands cheveux noirs. Elle me félicite de sa voix chantante : « C’est bien mon chaton, tu m’as trouvée, viens que je t’embrasse. Allez, maintenant c’est à toi de te cacher. » Elle s’éloigne et moi, je me planque dans un taillis épais à quelques mètres d’elle. Je l’entends qui égrène les chiffres. Et puis soudain, elle s’arrête. Elle court vers moi et s’accroupit. Elle fait une grimace qui montre qu’on ne joue plus. J’entends le martellement des sabots qui se rapprochent. Elle respire fort et explique en chuchotant : « Mon chaton. Tu ne bouges pas. Tu ne  parles pas. Maman va revenir. Maman t’aime. » Je me mets en boule pour être encore plus petit. Deux cavaliers passent au galop, tout près de moi, sans me voir. Puis, je l’entends crier. Elle a peur ! Ils lui font mal !

– Où est l’enfant ? hurlent–ils. Où il est ?

Et moi, je ferme les yeux de toutes mes forces.

– Angus ! Angus ! Il faut laisser un peu la place aux autres. Eux aussi ont besoin de mes câlins.

Je reconnais la voix douce et grave de l’énorme dame. Je me détache maladroitement et découvre Filan qui m’attendait un peu en retrait.

– Ça fait du bien de chialer un peu, hein mon Gugusse ?

– J’ai pas chialé ! J’ai juste…

– Laisse tomber. T’avais le droit et puis on s’en fout. Tu viens, je vais te montrer la piaule en vitesse. Bientôt, on t’expliquera pour la Ligue. Si tu veux nous rejoindre, il faudra que tu montres de quoi tu es capable. Ce soir, je ne vais pas avoir le temps. J’ai une urgence.

Nous repartons rapidement, avec Siar sur les talons, dans un boyau qui se rétrécit petit à petit. Au bout d’une cinquantaine de mètres, nous terminons à quatre pattes comme le monstre. On débouche sur une salle à peine éclairée par une pauvre bougie. Cinq gamins sont endormis sur des paillasses.

– Tiens, mon Gugusse, annonce Filan en me montrant une couche vide. Allonge-toi là. C’est ma place mais cette nuit, moi, je n’aurai pas le temps de roupiller.

– Tu vas où ?

– Pendant que tu somnolais à l’aise dans les nichons de Maman, on m’a averti qu’un autre gamin traversait les marais. Et quelque chose me dit qu’il ne doit pas être beaucoup plus futé que toi.

– Qui ? Quelqu’un de la Léproserie ?

– J’en sais rien. Je te raconterai demain, mon Gugusse.  Là, faut que je me dépêche. Je voudrais pas que le marmot soit déjà en train de patauger dangereusement dans la vase. Tu piges ?

– Je peux venir ?

– T’es sûr ? Ça risque d’être dangereux. Tu crois pas que t’as déjà eu ta dose pour aujourd’hui?

–  Non, s’il te plait Filan, j’ai pas envie de dormir.

Hippopotaciturne-Picto-Yves01

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