Saison 01. Épisode 09.

 – OK, suis-moi, mais tu m’obéis au doigt et à l’œil et pas un bruit, y’a des patrouilles.

Nous filons en sens inverse, direction les marais ténébreux. Maman m’a pris ma lampe frontale, elle en avait besoin pour leur stock de piles, et quand elle m’a tapoté sur la nuque pour me remercier, j’ai failli tomber tellement elle est balèze.

– Il n’est pas costaud, le Gugusse, faudra qu’il passe par l’entraînement intensif…

Elle s’est moquée mais quoi, je suis une anguille, moi, pas un hippopotame. Je n’ai jamais voulu qu’on parie sur mes muscles.

Filan manie sa perche et le radeau glisse entre les roseaux avec la discrétion d’un serpent d’eau. Siar me fixe avec méfiance. Sale molosse à la tronche cauchemardesque.

– C’est quoi, la Ligue ? je demande.

– Tais-toi, je t’ai dit. Tu veux nous faire repérer ? murmure Filan, aux aguets.

Les sourcils froncés, il guette le moindre bruit. Qui l’a prévenu qu’il y avait un fuyard ? Ils sont bien organisés dans cette Ligue. Il arrête soudain le radeau, pointe le doigt vers la droite et tourne d’un coup sec. Sa manière de faire avancer notre embarcation change, plus discrète. Il effleure à peine la surface de sa perche. Moi, je n’ai entendu aucun son insolite, ce môme a une ouïe supérieure à la normale. Il donne deux petites tapes sur le flanc de Siar, siffle doucement, fuuut, c’est le signal, le molosse se positionne, la gueule ouverte. Mauvais souvenir. Je plains celui qu’il va choper entre ses crocs. Il navigue de plus en plus lentement et fait signe de la main au chien qui bondit sur une silhouette qui se fondait dans la nuit. Décidément, je n’avais rien vu, rien entendu.

– Bouge pas.

Le même ordre qu’à moi.

L’enfant gigote moins que je ne l’avais fait, Siar le libère sans que son maître n’ait besoin de lui demander. Mille boudins, c’est une fille. Elle ne vient donc pas de la Léproserie. On n’a pas de fille là-bas. Elle doit avoir au moins douze ans.

Mais alors, elle arrive d’où ? Même Filan est surpris, il se reprend vite :

– T’es la première fille que j’attrape, souffle-t-il, bon maintenant faut plus qu’on cause, il y a des hommes du Maître dans le coin. Tu as dû te faire repérer.

– C’est pas moi, n’importe quoi ! Personne ne sait que je suis partie…

Elle s’assoit juste à côté de moi. À nous quatre, on occupe quasiment toute la place, serrés comme des lapins dans leur terrier. Je la dévisage et elle me jette un regard dédaigneux, hausse les épaules et ne semble pas du tout effrayée par Siar qu’elle observe d’un air désabusé. Un vrombissement au loin résonne et nous tétanise tous les trois. Le gosse avait raison : ils sont tout près !

– On ne va pas retourner à la Mine, on va finir la nuit dans une de mes cachettes… 

– Vous êtes de la Ligue, c’est ça ? questionne la fille, pleine d’espoir.

Je hoche la tête avant Filan.

– Je le savais ! Je savais que je vous trouverais dans les marais !

Hippopotaciturne-picto-Carole01

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s